Les jours suivants parurent nettement plus doux et chaleureux. Owen rendait visite à sa mère tous les jours et ils passaient une partie de la journée ensemble. Il s'absentait pour ses le?ons, dont il lui parlait ensuite avec amusement.
Elle était toujours confinée dans sa chambre, mais cela n'avait plus d'importance tant qu'elle pouvait le voir. Même la suivante lui parut plus loquace et agréable. La levée des interdictions semblait avoir allégé l'atmosphère oppressante qui régnait jusqu'alors.
Owen grandissait toujours à un rythme effréné. Sa mère ne comprenait ni pourquoi, ni comment une telle chose était possible. Leurs conversations devenaient de plus en plus ouvertes et naturelles. Elle en profita pour tenter de lever le voile sur certains mystères qui persistaient.
— Dis-moi, Owen, comment fais-tu pour venir dans mes rêves ? Est-ce que tu dors aussi, quand ?a arrive ?
— Non, je ferme les yeux, et je pense très fort à toi. Comme si je voulais être avec toi. Et puis… j'ai l'impression d'être aspiré. Je ne sens plus ce qu'il y a autour de moi, mais je per?ois ce que toi tu ressens et ce qui t'entoure.
— Vraiment ? C'est… un peu étrange. Mais ?a ne te fait pas peur, d'entrer dans les rêves de quelqu'un d'autre ?
— En fait… Je crois pas que ce soit un rêve. C'est comme ?a que toi tu le vois, mais pour moi, c'est différent. Je ressens tout… plus fort.
— Est-ce comme si tu… projetais ton esprit ? Dans le mien ?
— Oui, c'est ?a ! Je crois…
Il se leva et lui attrapa la main.
— Regarde.
Un étrange vertige la traversa. Elle ferma alors les yeux et sentit une présence dans son esprit.
— Tu fais toujours des cauchemars, hein ? demanda-t-il.
— Comment le sais-tu ?
— Je l'ai vu. Dans ton esprit.
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— Tu as vu… mes cauchemars ?
Il hocha la tête d'un air grave. Elle baissa les yeux, et répondit doucement.
— Je suis désolée… Tu ne devrais pas avoir à subir ?a. Ne t'inquiète pas, je vais bien.
Elle le prit dans ses bras, comme pour le réconforter, puis ajouta :
— Tu n'as pas à être fort à ma place. ?a devrait être à moi de te protéger, pas l'inverse, dit-elle en le regardant droit dans les yeux, un sourire triste aux lèvres.
Le temps qu'elle passait avec son fils la rendait plus heureuse que jamais. Peut-être par na?veté, elle espérait que cela durerait toujours, et que la vie ne lui serait plus arrachée.
???
Une dizaine de jours passa sans qu'aucun événement ne vienne troubler leurs moments de bonheur. Mais, un soir, après le départ d'Owen, elle re?ut finalement la visite de l'Empereur.
La jeune fille se leva et le fixa en silence, méfiante. La tension était palpable.
Il s'approcha à quelques centimètres à peine, et son c?ur s'emballa. Baissant les yeux, elle tenta de garder son sang-froid, mais ce contact rapproché lui rappela, des mois plus t?t, la fois où il avait planté le couteau dans son ventre. Bien que la blessure f?t disparue depuis longtemps, elle sentit la douleur se raviver.
— J-je peux faire quelque chose pour vous ?
— Tu sembles en forme. Tant mieux.
Elle hésita un instant, réfléchissant à sa formulation.
— Merci… Merci d'avoir accepté qu'il revienne, dit-elle en s'inclinant autant qu'elle le put.
— Je ne l'ai pas fait pour toi, comme tu t'en doutes. Pour tout te dire, je ne suis pas certain que tu sois digne d'un tel honneur.
Elle déglutit, le visage pale.
— Q-que… que puis-je faire pour m'en montrer digne ?
Il s'écarta, lui tournant le dos, bras croisés.
— J'y réfléchirai. Attends-toi à ma visite.
Il marqua une pause, puis reprit d'un ton plus froid :
— Et méfie-toi. Owen peut, certes, m'empêcher de vous séparer… mais il ne pourra te protéger de moi. Je t'interdis de lui parler de ce qui se passe ici en son absence.
Il sortit, la laissant seule à nouveau. Elle ferma les yeux et inspira profondément, se demandant quelles épreuves l'attendaient encore.

