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Volume 2 : Chapitre 4 - Tremblements

  Au c?ur de la montagne, les saisons semblaient se succéder sans qu'on le remarque. Le vent froid soufflait, et la neige tombait sans cesse, couvrant les allées du village d'un épais manteau blanc. Les habitants étaient habitués à ce climat rude, et même les derniers arrivants avaient fini par s'y faire. Et si l'endroit ne semblait favorable à aucune forme de vie, en observant avec attention, on se rendait compte que la nature vivait bel et bien sous son tapis immaculé.

  Pourtant, un matin, le silence tomba sur les environs. Ni le vent, ni la neige, ni même le chant des oiseaux ne vinrent perturber cette soudaine quiétude. Bien que le temps paraisse plus doux, cette troublante tranquillité avait quelque chose à glacer le sang, comme une mer qui se retirerait subitement, annon?ant une catastrophe.

  La journée suivit son cours et la neige recommen?a à tomber doucement. Les habitants, soulagés, se détendirent et reprirent leurs activités quotidiennes. Mais le vent et les oiseaux, eux, se taisaient.

  Le soir arriva, les rayons du soleil crépusculaire passant sous les nuages réchauffèrent l'atmosphère.

  Puis, par intermittence, le sol commen?a à trembler légèrement. Les murs vibraient à un rythme presque militaire, inquiétant dans sa régularité. Les secousses semblaient s'intensifier peu à peu, chacune étant plus forte que la précédente. Les habitants, craignant une avalanche, levèrent les yeux vers le sommet. Ils s'apprêtèrent à se mettre en sécurité : ce n'était pas inhabituel, ils savaient quoi faire.

  Mais la cime restait immuable.

  Dubitatifs, les habitants tentaient de comprendre ce qu'il pouvait se passer. Ils n'avaient jamais rien ressenti de tel auparavant.

  ???

  à la nuit tombée, un gar?on, agé entre seize et dix-sept ans, les cheveux longs argentés noués en catogan, s'était positionné sur les murs du village. Il observait silencieusement dans le lointain, son regard semblant traverser le rideau de neige tombant lentement du ciel.

  Il faisait déjà sombre, à tel point qu'on ne pouvait distinguer à plus de quelques mètres de soi. Pourtant, il ne semblait pas s'en soucier — il n'avait pas besoin de voir : il ressentait les choses. Des heures durant, les tremblements n'avaient jamais cessé, mais personne ne put en découvrir l'origine.

  Un jeune homme le rejoint, sa chevelure noire tranchant avec l'environnement d'un blanc pur. Il plissa les yeux et fron?a les sourcils en tentant, en vain, de suivre le regard du gar?on.

  — Qu'y a-t-il ? demanda-t-il.

  Owen baissa légèrement la tête, fixant toujours la même direction. Un regard sinistre dans les yeux, il répondit dans un murmure.

  — ?a arrive.

  L'homme le dévisagea un instant. Il n'y avait aucun doute possible. Il le savait aussi, au fond de lui, mais préférait l'ignorer jusque-là. Le village avait toujours été en sécurité, mais ses habitants n'étaient pas des guerriers ; avant l'arrivée du gar?on, il était le seul à les protéger.

  Owen reprit.

  — Retourne auprès d'elles. Je me débrouillerai. Personne ne les approchera.

  En voyant le regard déterminé d'Owen, l'homme eut un frisson. était-ce de la peur ? De l'inquiétude ? En tout cas, il avait un mauvais pressentiment.

  — Owen. Ne cherche pas à tout prendre sur toi, tu n'es plus seul. Sinon, tu risques de commettre une err—

  — Je t'ai dit de me laisser me débrouiller, le coupa-t-il. Fais-moi confiance. Quoi qu'il se passe, je n'échouerai pas.

  L'homme ne chercha pas à débattre davantage avec le gar?on, têtu comme il était. Il ignorait ce que lui et sa mère avaient traversé à l'époque, mais il savait qu'Owen avait toujours pris sur lui et porté le poids de nombreuses responsabilités. Qu'il avait toujours été prêt à tout pour protéger sa famille, et que cela ne changerait pas en ce jour.

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  Il s'éloigna alors, regardant une dernière fois dans les ténèbres et le froid de la montagne.

  ???

  Une jeune femme agée de vingt-cinq ans et une fillette d'une douzaine d'années étaient à la maison, petite mais chaleureuse. éclairées et réchauffées à la lueur vacillante d'un foyer et de quelques bougies, elles virent le jeune homme entrer en silence.

  Elvira, ses longs cheveux noirs reliés en une tresse, lisait tranquillement un livre dans un coin, sifflotant joyeusement.

  Cerena, elle, regarda son compagnon d'un air concerné. Les secousses qui persistaient depuis plusieurs heures maintenant la préoccupaient toujours autant. Elle demanda :

  — Où est Owen ?

  — Il est resté dehors. Il veut régler ?a lui-même…

  Elvira leva la tête, curieuse.

  — Régler quoi ?

  — Je ne sais pas vraiment, répondit-il. Mais quoi que ce soit, il a l'air sérieux.

  Cerena se leva précipitamment, attrapa sa cape et sortit, une angoisse naissante dans les yeux. étonnée, Elvira inclina la tête en la voyant sortir en trombe.

  Dehors, Cerena rejoignit rapidement Owen.

  — Tu as senti quelque chose ? demanda-t-elle.

  Il hocha la tête, mais ne répondit pas.

  — Owen… je t'en prie, rentre te mettre au chaud. ?a ne sert à rien d'attendre ici. Si on reste ensemble tout ira bien, n'est-ce pas ?

  — Non. Je ne veux pas vous mettre en danger. Si quelqu'un vient… alors il sera là pour moi.

  — Comment peux-tu en être si s?r ?

  Il resta silencieux.

  — Owen, tu ne m'as jamais dit… Que s'est-il passé cette fois-là ? Le jour où… nous sommes partis ?

  Pas de réponse. Owen fixait désespérément le vide de la nuit. Cerena baissa la tête et réfléchit un instant, puis demanda.

  — Que t'a-t-il dit exactement ?

  Un long moment passa.

  — …Qu'on se reverrait, répondit-il enfin, un air grave dans les yeux.

  Un silence s'installa. Puis il se tourna enfin vers sa mère et reprit :

  — S'il te pla?t, retourne te mettre à l'abri.

  Elle secoua la tête lentement, et croisa son regard. Une lueur effrayante brillait dans les yeux de son fils, malgré les ténèbres qui régnaient.

  — Owen. Je n'ai jamais oublié ce qu'il nous a fait à tous les deux. Ni tout ce que tu as fait pour moi, et je t'en serai éternellement reconnaissante. C'est grace à toi si nous sommes arrivés jusqu'ici, et si nous avons pu vivre paisiblement aussi longtemps. Tu m'as offert bien plus que je ne pourrais jamais te rendre. Mais tu es mon fils, et j'ai aussi promis de te protéger. Nous ne sommes plus livrés à nous-même. On peut se battre, ensemble.

  — Tu n'as pas la force pour ?a, trancha-t-il. Je regrette, mais je ne peux pas te laisser te mettre en danger.

  Il marqua une pause et continua.

  — Si tu veux protéger quelqu'un, alors protège Elvira. Elle a plus besoin de toi que moi. Retourne à ses c?tés, et je suis s?r que tout ira pour le mieux, dit-il finalement, tournant à nouveau son regard dans la distance.

  à ses paroles, Cerena sentit son c?ur se serrer. Ne sachant plus quoi répondre, elle détourna aussi des yeux. Quelques minutes passèrent durant lesquelles aucun des deux ne parla. Puis, elle s'éloigna lentement, retournant à l'intérieur auprès de son compagnon et de sa fille.

  Les tremblements étaient maintenant plus rapides, plus forts, à tel point qu'ils semblaient avoir atteint leur paroxysme.

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