Cerena passa la porte, suivie de près par le Capitaine. Elle marchait d'un pas lent, fixant le fond de la grande salle d'audience qui s'étendait face à elle. La salle était partiellement plongée dans les ténèbres, des braseros n'éclairant que faiblement le tr?ne, lui-même encadré de deux statues de lions gardiens.
Assis sur le siège impérial se tenait une silhouette à la chevelure argentée. L'Empereur, légèrement incliné, ses coudes sur les genoux et le menton sur les mains, avait les yeux fermés, comme s'il réfléchissait, ou qu'il se reposait.
Il avait l'air paisible et n'aurait probablement pas paru si impressionnant si Cerena ne le connaissait pas aussi bien.
Son c?ur tambourinait à chaque pas. Arrivée à quelques mètres de lui, une douleur br?lante dans sa poitrine lui coupa presque le souffle. Elle luttait de toutes ses forces pour contr?ler les tremblements de son corps et garder sa contenance.
Les deux visiteurs s'arrêtèrent enfin, et attendirent sans un mot que leur h?te ne romp?t le silence. Un moment passa avant que celui-ci n'ouvr?t enfin les paupières, plantant sur Cerena son regard impassible habituel.
Elle frissonna de nouveau, mais refusa de détourner les yeux ; le regard néanmoins chargé d'angoisse.
Le Capitaine qui la suivait jusque-là s'avan?a, se pla?a à sa hauteur et posa un genou à terre.
— Votre Majesté, j'ai l'honneur de vous annoncer que j'ai accompli ma mission.
En réponse, l'Empereur fit un geste de la main et se leva.
— Bon travail. Nous en reparlerons plus tard. Laisse-nous, maintenant.
L'homme se releva, s'inclina très bas, tourna les talons et quitta la salle par la porte d'où il était arrivé, sans un regard en arrière.
???
Cerena et l'Empereur se faisaient maintenant face, seuls dans la salle du tr?ne. En sept ans, il n'avait pas changé le moins du monde.
Alors qu'elle attendait toujours qu'il s'adresse à elle, il l'observa attentivement, sous toutes les coutures, comme on scrute une bête au marché. Après un interminable moment, il sourit et dit enfin :
— Sois la bienvenue en mon palais. Le temps passé à l'extérieur semble t'avoir fait le plus grand bien.
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Elle ne répondit rien et continua de fixer son regard au-delà de lui, comme s'il n'existait pas.
— Comment mon fils se porte-t-il ? A-t-il fait des progrès ? J'aurais aimé le revoir.
à la mention d'Owen, elle tourna les yeux vers lui, submergée par la colère. Elle plissa ses paupières et s'apprêta à répliquer, mais préféra s'abstenir. Elle ne savait que trop bien ce qu'elle risquait à la moindre parole de travers.
La fa?on dont elle l'avait foudroyé du regard ne lui avait pas échappé, pourtant, son sourire était intact. Sa provocation n'avait pas été vaine.
Ils se fixèrent ainsi durant de longues minutes, chacun attendant que l'autre commette un faux pas ou cède du terrain. Cerena sentait la sueur lui couler sur la nuque, la douleur dans sa poitrine ne diminuant pas.
Enfin, l'Empereur poussa un soupir, relachant légèrement la tension.
— Le voyage a d? être éprouvant. Je viendrai te voir plus tard. Repose-toi.
Il se détourna d'elle et fit appeler un garde, qui l'invita à le suivre. L'Empereur quitta la salle avant elle, comme si de rien n'était.
Cerena n'en revenait pas. Elle ne comprenait pas. Elle s'attendait à tout autre chose… et il n'en fut rien. C'était comme si son corps et son esprit s'étaient préparés au pire… pour rien.
Mais elle préféra laisser cette pensée de c?té. Cela ne voulait rien dire ; ce n'était pas terminé. Tout pouvait encore arriver.
Elle suivit le garde, son rythme cardiaque s'apaisant légèrement, tandis qu'il la guidait à travers plusieurs couloirs jusqu'à l'étage supérieur. Elle se souvint être passée par là, lors de sa toute première visite… Après quoi avait-elle été condamnée à deux années de souffrance et de solitude.
Mais, contrairement à cette fois-là, elle ne prêta aucune attention aux portes closes qu'elle dépassait. Elle ne ressentait plus aucune curiosité à leur égard, ni le besoin de savoir ce qui se cachait derrière.
Au fond, peut-être n'était-elle pas la seule, enfermée dans ses murs. Peut-être n'avait-il jamais réellement eu besoin d'elle, qu'elle n'était qu'un pion parmi d'autres…
Des pensées étranges lui traversèrent l'esprit, se laissant guider sans émettre la moindre plainte, inlassablement vers le lieu qu'elle s'imaginait comme une cage dorée.
Lorsque le garde s'arrêta et ouvrit l'une des portes, un parfum d'encens familier s'échappa de la pièce. Elle entra d'un pas lent, le visage fermé, la tête haute, craignant de ne jamais en ressortir vivante.
Cerena parcourut la chambre du regard. Malgré son apparence chaleureuse, elle eut un frisson. Elle était exactement identique à celle de son souvenir. Tout comme l'Empereur, rien n'avait changé : entre ces murs, le temps semblait figé.
Elle était revenue exactement là où tout avait commencé.

