Je crois que j’avais oublié à quoi ressemblait un matin avant tout ?a. Et vu que je suis en cours le matin… et en morceau de viande féminine la nuit, c’est pas comme si ?a allait s’arranger.
Le soleil qui passe à travers les vitres sales de l’amphi, les petits grains de poussière qui tournent dans la lumière… Avant, je trouvais ?a banal. Maintenant, j’ai l’impression que chaque rayon me chatouille le cerveau.
C’est peut-être un effet secondaire du pacte. Ou juste la joie d’être encore en vie, qui sait.
Je souris. Ouais, je me répète ? T'as foutu ta vie et ta mort en l'air, Mara ! Mais en même temps elle était déjà vouée à l'échec. ? J'ai fait un mauvais choix. Le genre de décision qu’on prend à trois heures du matin avec un c?ur en miettes et trop de café dans le sang.
Mais bon, la suite logique à ses années vécues avec mon père aurait été de faire une thérapie, apprendre à “se reconstruire”, écrire un bouquin larmoyant.
Sincèrement ? Je préfère encore donner mon ame au diable.
Au moins, lui, il répond quand tu l’appelles.
Je cale la pile de copies contre ma hanche et descends les rangées. Le prof m’a encore collé la corvée de distribution. ?Mademoiselle Mara, vous pouvez m’aider, vous êtes toujours si sérieuse ?
Sérieux, quelle blague. Si seulement il savait où je vais bosser ce soir
Les étudiants ralent, dorment, ou bavardent trop fort. L’odeur de café froid flotte dans l’air.
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Je distribue les feuilles avec mon plus beau faux sourire. Et malgré moi, je savoure le moment. D'habitude je distribue de l'alcool à de vieux pervers qui non seulement ont l'age d'être mon père, mais en plus, me matent avec le même regard répugnant.
Malheureusement ici, ils ne me glissent pas de billets en échange de mon faux sourire. C'est peut être à cause de mes lunettes?
C’est idiot, mais depuis que j’ai mes pouvoirs, je ressens tout plus fort la lumière, les bruits, les gens. Comme si quelqu’un avait tourné le volume de la réalité à fond.
Je tends une feuille à une fille qui mache son chewing-gum comme une vache, puis à un type qui ronfle presque sur son sac.
Et puis je tombe sur lui.
Assis au fond, un carnet ouvert, crayon en main. Pas un mot.
Des cheveux sombres, un regard… absent. Pas distrait, non. Absent comme quelqu’un qui vit dans une autre pièce de la réalité.
Je plisse les yeux. Le carnet est ouvert sur un griffonnage fou, chaotique, presque vivant.
Des lignes qui s’entrelacent comme des racines de cauchemar, des formes qui ressemblent à des silhouettes mais jamais de visage, juste des ombres qui avancent.
Un monde mal aligné, où les rues se tordent et se replient sur elles-mêmes.
C’est… étrange. Perturbant. Et en même temps, fascinant.
Je crois qu’il s’appelle… Soren ? Sérieux, qui appelle son gosse comme ?a ? On dirait le nom d’un mec coincé entre deux patch notes d’un jeu nordique.
Il a un prénom bizarre et il dessine des trucs qui feraient passer mes cauchemars pour des pubs Kinder. J’sais pas si je dois l’admirer ou appeler les urgences psy.
Je souris toute seule à ma blague et lui tends sa copie.
Et là, il relève la tête.
Instant figé.
Il me regarde comme si j’étais une équation impossible. Pas juste surprise. Inquiet. Non, terrorisé.
Ses lèvres bougent à peine.
— Toi… qu’est-ce que t’es ?
Un frisson me parcourt la nuque. L’air devient lourd, épais.
Pendant une seconde, j’ai l’impression qu’il y a quelqu’un d’autre dans ses yeux. Quelque chose d’ancien.
Je reste plantée là, la feuille à moitié tombée entre nous.
Et pour la première fois depuis que j’ai pactisé… j’ai peur qu’on me voie vraiment. En plus maintenant j'ai envie d'un kinder.
L'histoire vous plait?

